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Les photos du hasard

Il y a quelques temps, en lisant une revue de photographie portée sur la Nature, je tombe sur un dossier traitant des clichés pris par hasard. Il en ressort qu’en photographie animalière le hasard est souvent présent : être là, au bon endroit, au bon moment, avec le bon objectif … Certains photographes affirment même que tout est du à la providence.

Il est aisé de comprendre que les réactions d’un animal sauvage sont très peu prévisibles, alors qu’un train … un train roule à vitesse constante, sur un chemin parfaitement défini et connu à l’avance, il ne va pas faire un écart au dernier moment. Pour peu qu’on connaisse les horaires il n’y a plus aucun hasard.

Vraiment ? Pas si sûr …

Tout de suite après la lecture de cet article, quelques unes de mes images ferroviaires me sont revenues à l’esprit accompagnées de leurs circonstances ; et là je me suis aperçu que le hasard a également sa place dans la photographie ferroviaire, notamment d’ambiance.

Ici aussi il faut être là au bon endroit, au bon moment, avec un appareil photo … Qui ne s’est jamais dit « Si j’avais eu une focale plus longue j’aurais pu … » ou « Pff ! Comme par hasard je n’avais pas mon appareil photo ce jour-là » ?

J’ai trouvé intéressant de vous raconter l’histoire d’une poignée photos qui, à quelques secondes près, à une circonstance près, à un choix près, n’existeraient pas.

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Je me souviens d’une après midi de juin 2008. Des travaux d’entretien avaient lieu sur le chemin de fer de la vallée Joux entre Vallorbe et le Brassus, ayant pour conséquence une interruption de l’alimentation électrique. C’est ainsi qu’un couplage d’ X2800 de la SNCF a fait des navettes sur cette ligne durant le mois de juin : un véritable événement local !
Une après midi donc, l’heure de l’avant dernière navette a sonné, et depuis midi le ciel se couvre de cumulonimbus, plongeant la vallée dans l’ombre. Interrogation dans la voiture :

« Où aura-t-on du soleil tu crois ?

- Bah ! Prend à gauche, faut pas rêver cette fois-ci … » me répond mon père.

C’est ainsi qu’on arrive par défaut au Séchey. La luminosité est on ne peut plus dramatique lorsque le train se fait entende. Et soudain, le soleil perce ; une bulle de lumière éclate sur la voie ferrée ; juste le temps de modifier au jugé les réglages du boîtier et l’UM d’autorails pénètre dans la lumière, tel un artiste sous un projecteur, le contraste est saisissant. Quelques secondes après, rideau !

« Eh ben, heureusement que nous ne sommes pas allés quelques mètres plus loin ! »

sechey

Durant le même été, une autre opportunité m’a été offerte. S’il est un événement qui doit tout au hasard dans le domaine ferroviaire c’est bien un croisement dans le viseur, ce d’autant plus quand tout rentre « pile poil ».

Marais salants de Port-la-Nouvelle, 6h40. Je marche tête baissée vers mon objectif, l’Ile Sainte Lucie, luttant contre la forte Tramontane, le soleil levant au coin de l’œil. Soudain deux feux pointent à l’horizon. Vite, je déballe le matériel, le feeling me fait faire deux bonds sur le coté afin d’inclure un meilleur avant plan et déjà le soleil se reflète sur les tôles du train d’autos roulant vers Perpignan. Clic. « Ça croise ! » : l’ami qui m’accompagne s’est déjà retourné pour voir arriver un autre marchandises en sens inverse. Juste le temps de se retourner, de cadrer et de se concentrer sur l’instant du déclenchement … Clic. C’est dans la boîte, aucune machine n’est coupée par un poteau ! Là encore cela s’est joué à quelques mètres, quelques secondes, et par chance le 50mm m’a permis de cadrer toute la scène.

pln

Le hasard d’un voyage aussi. Un matin de Janvier 2010, je me retrouve dans un X73500 plein d’étudiants, complètement givré. Complètement ? Non, le givre commence à disparaître sur le haut des baies. Lors de l’arrivée à Andelot l’éclairage des quais donne une teinte rosée au givre encore présent : splendide ! Mon autorail stoppe d’une telle manière que le panneau ‘Andelot’ se trouve juste dans une zone dégagée. Ni une ni deux la scène m’inspire et il ne m’en faut pas plus pour sortir le boîtier, devant les yeux médusés des autres passagers. Je repense à cette histoire de hasard que je venais de lire quelques jours plus tôt … assis un rang plus loin je n’aurais rien vu.

andelot

Lorsqu’elle n’est pas mise en scène, la dimension humaine sur les clichés doit beaucoup au hasard. Là encore, tout est question pour le photographe de se trouver où il faut à l’instant requis pour capter la bonne attitude, une scène fugitive, etc …

En l’occurrence, je me souviens d’un cliché particulier. Celui-ci doit absolument tout au hasard, sauf l’idée originelle.

Je me trouvais alors sur les rives du lac Léman. Le train que j’attendais arrive, je prends soin de cadrer les jeunes qui s’adonnent à une bronzette à coté de la voie ferrée. Clic. Le train passe et je remarque trop tard les trois personnes penchées à une fenêtre de l’avant dernière voiture en faisant des grands signes aux baigneurs. Je ronge mon frein d’avoir loupé une scène si peu courante quand un autre train arrive dans mon dos. Vite fait bien fait, je règle l’appareil photo pour un filé et déclenche au « pifomètre » trois fois sur la rame, en espérant avoir une personne sur l’une d’elle. Première : loupée, deuxième : loupée … mais la troisième est au dessus de mes espérances, je vois s’afficher sur l’écran de l’appareil une photo nette où se détache une voyageuse dans une attitude aisément reconnaissable ! Assurément je ne suis pas près d’en refaire une comme ça.

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Plus j’y repense et plus je revois de photos qui existent par chance. Une harmonie de teintes entre personnes et trains qui attire l’attention et fait déclencher, une rencontre imprévue avec un grand-père et son chien, un oiseau qui vient s’intéresser de près à la locomotive à coté de laquelle vous attendez votre correspondance, une demande de secours qui se déroule là où vous avez décidé de passer votre après midi photo avec à la clef une paire de photos peu communes … La liste complète serait longue et continue de s’agrandir, fort heureusement.

Je me souviens aussi de beaucoup de photos qui n’existent pas à cause d’un rien : une focale fixe trop longue qui ne permet pas de cadrer entièrement une scène instantanée, un timing trop lent à cause d’un appareil photo rangé au fond du sac au lieu d’être en bandoulière, des vaches bien placées dans l’image qui sortent du cadre quand le train y pénètre, un groupe de skieur qui passe à peine trop tôt en faisant une fausse joie au photographe, etc ….

Finalement, les coups réalisés par hasard sont sûrement les meilleurs, non ?

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Courbes Déraillement à Dalarna (Suède) Prêt au départ Wagons et Photographie Créative

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