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Qu’est ce qu’une belle photo de train ?

[Télécharger une version PDF de ce billet]4.40 Mo – 9 pages – Photos haute qualité.

Voila un titre provocateur et un sujet ambitieux. J’en conviens. Dans le cadre du Projet Images & Trains ou à l’occasion de discussions avec d’autres photographes, des questions m’étaient parfois posées à propos de ce que j’appelle parfois la « photographie différente ». En quoi certaines photos sortiraient-elles du lot et d’autres non ? N’est ce pas là avoir un comportement hautain envers le travail des autres photographes ? ou envers la photographie dite classique (un style appelé en Amérique du Nord le wedgie) ? Ce billet va tenter de répondre à ces interrogations.

Aube

Lumière, atmosphère, esthétisme
(la Sainte Trinité du photographe ferroviaire ?)

Lumière, atmosphère, esthétisme : trois mots, trois éléments fondamentaux qui composent une photographie ferroviaire de qualité. Un quatrième élément, la chance, peut rendre une vue extraordinaire et unique.

Tout d’abord, photographier est un acte intimement lié à la lumière. Certains définissent même ce verbe par « écrire avec la lumière ». La question de la lumière est le sujet de nombreux livres et ce n’est pas ici que je vais disserter à ce propos. En ce qui concerne notre domaine ferroviaire, la lumière donne le ton à une photographie. La lumière a une force, une couleur, une direction qui varient selon les moments de la journée, les latitudes et/ou les saisons des lieux où nous nous trouvons. Elle est parfois là où on l’attend le moins. Dans tous les cas, il faut s’efforcer de faire de la lumière une actrice importante de la photographie.

Crépuscule sur Paris

Prenez cette vue de la Gare du Nord, à Paris (France). L’instant a été bref, quatre à cinq minutes maximum. Le sujet comme le cadrage ne sont pas très créatifs. C’est ce trait de lumière magenta et qui éclaire le dessous des nuages qui donne une dimension particulière à cette vue des trains de banlieue en pleine heure de pointe.

Un dogme de la photo ferroviaire veut que belle lumière soit synonyme de soleil (et si possible éclairant le nez du train s’il y en a un sur la photo). Il y a pourtant des éclairages magnifiques par temps couvert ou pluvieux. Il ne faut pas se limiter arbitrairement, il faut oser dès que l’on perçoit que LA lumière est là. Le lecteur aura plus d’indulgence sur le côté esthétique d’une photo si la qualité de lumière est exceptionnelle.

Notez qu’une lumière de qualité peut être d’origine artificielle. La photo suivante a été prise en milieu souterrain. Le mélange des éclairages à incandescence (jaune) et fluorescent (vert) donne une ambiance assez irréelle. Dans ces cas particuliers, il faut faire attention à la balance des blancs si vous travaillez avec un appareil photo numérique.

Garage pour la nuit

Si vous désirez en apprendre plus à ce sujet, j’encourage vivement la lecture d’ouvrages consacrés à la photographie de paysage.

Les atmosphères, les ambiances restituent une sensation à un instant donné. Les photographies qui enregistrent de tels instants enregistrent des moments pour l’histoire, au même titre qu’un gros plan d’un train avec tous ses détails. Qui n’a pas ressenti de nostalgie en regardant une photographie noire et blanche prise dans une gare, en Europe ou ailleurs, il y a plusieurs dizaines d’années ? Les détails vestimentaires, le type des véhicules, les publicités contribuent à cette atmosphère particulière.

Mais une ambiance peut être celle d’un lever de soleil à l’orée d’un bois un matin d’hiver ou bien quelques silhouettes surprises dans le brouillard sur le quai d’une gare de banlieue. Les ambiances aident à créer une relation particulière entre celui qui regarde la photo et son auteur. Ce dernier, le photographe, propose d’entrer dans une certaine intimité, dans des moments vécus. Plus le photographe vivra la scène intensément, plus l’ambiance sera retranscrite et communicable à celui qui découvrira le résultat final.

Brouillard du matin

Le sujet de la photo ci-dessus est assez banal : une gare de banlieue, un matin brumeux. Le côté technique ferroviaire est minimum : difficile d’identifier le type exact d’automotrice présent sur le cliché. Cette dernière manque même d’une certaine netteté. Et pourtant, il en ressort une sensation particulière de froid, les passagers ont une allure fantomatique, le bleu des écrans d’affichage contraste avec la couleur orange de la lumière qui baigne la totalité de la scène… Lorsque j’ai pris la photo, j’étais moi-même enveloppé par ce froid humide de ce matin d’hiver parmi des banlieusards qui n’arrêtent pas de courir.

Lors de la réalisation de ce style de photographies, il y a un piège à éviter : l’appareil, lui, n’a aucune émotion ! Vous serez parfois désagréablement surpris du résultat des vos travaux car vous aurez enjolivé la réalité. Votre cerveau n’aura voulu voir ce que vous vouliez qu’il voit !

Dernier élément : l’esthétisme. C’est la notion la plus concrète de cette Trinité. Dans ma vision des choses, cela englobe deux aspects : la sélection de ses images et la connaissance d’un minimum de technique photographique.
Mieux vaut la qualité que la quantité et il faut parfois savoir se restreindre, avoir une certaine autocritique de son travail. Trop de photographes inondent les forums (en particulier) avec des dizaines de vues dont une seule (et encore) est agréable à regarder. C’est là un des gros défauts de l’ère numérique. Il en résulte une overdose d’images et une baisse de la qualité globale du travail photographique.

La deuxième condition à un certain esthétisme est d’avoir un minimum de connaissances techniques. La règle des tiers, un minimum de notions sur la composition et les éléments constitutifs d’une image apportera un plus qualitatif indéniable et immédiat ! Et il n’est pas nécessaire d’avoir un diplôme en photographie pour connaître ces quelques règles. Les rayons des librairies regorgent de livres fort bien faits sur le sujet.

Paysages australiens

L’esthétisme est un critère qui engendre le plus de discussions car pour beaucoup elle induit de l’élitisme. Il ne s’agit pourtant que d’appliquer un minimum de rigueur à son travail et non de faire partie d’un certaine famille. J’y reviendrai à la fin de ce texte.

Un regard et une démarche personnelle

Chaque individu a une conception particulière et personnelle de la réalité des choses. Pour certains, l’image doit être « telle quelle », telle que vue à l’instant du déclenchement. Généralement, ces personnes ne recadrent pas leurs photos au tirage. Pour d’autres – j’en fait partie – le regard sur la réalité est moins étroit et ils travaillent plus leurs photographies. Que ce soit lors de la réalisation même de la photographie (utilisation d’objectifs grand-angle ou de filtres ; recherche d’angle de prise de vue ou d’exploitation de la lumière de façon inhabituelle) ou lors du post-traitement, ces derniers s’attardent sur leurs photos en transformant de façon visible la réalité des choses.

Les dessous de Paris

Ce type de démarche n’est pas très populaire dans le milieu de la photographie ferroviaire. Pour beaucoup, la photo est surtout un support documentaire qui doit avoir un intérêt documentaire, historique ou « modélistique ». Dans ces cas, l’importance est donnée aux sujets ferroviaires, surtout du matériel roulant, avec moult détails et des couleurs fidèles. Les rosters shots américains en sont l’exemple parfait. Certains puristes du style n’acceptent aucun élément extérieur (poteaux, papiers…). Je respecte absolument cette vision des choses car elle est indispensable pour enregistrer l’Histoire du Chemin de Fer, pour construire notre mémoire collective. Cependant, s’y restreindre c’est refuser d’explorer ce qui pourrait être une démarche plus personnelle.

Silhouettes américaines

Prenons un exemple : la photographie noire et blanche. La photo ci-dessus a été prise dans l’Ouest des États-Unis. Le léger contre-jour donne un fort contraste, découpant des silhouettes et créant des couches en fonction de la brume. C’était là une vue parfaite pour être vue en noir et blanc. Trop souvent dans le monde de la photographie ferroviaire, le noir et blanc est utilisé pour donner un aspect nostalgique à une scène avec du matériel ancien (souvent à vapeur). Autre mauvaise utilisation du noir & blanc : contrecarrer des conditions lumineuses mauvaises. Le noir & blanc est pourtant une démarche à part entière que le support numérique nous permet d’utiliser par choix. Il peut s’appliquer à des sujets modernes. C’est là un domaine qui me passionne et j’y consacrerai un billet spécifique.

Autre exemple de démarche personnelle : la photographie environnementale. Pour moi, une telle démarche est proche de celle qui anime les photographes de paysages. Lorsque vous désirez photographier un endroit, vous devez vous en imprégner. Vous devez avoir connaissance des alentours, de l’environnement direct. Souvent, cela oblige à s’éloigner de la voie ferrée. Je vous invite à consulter les travaux de Clément Ecoffey, Mashima Mitsuhide, Feunteun & Sabiron ou Dale Sanders pour découvrir ce style de photographies et peut être en faire votre voie.

Fin de journée

Ces deux exemples de démarches personnelles ne sont que deux parmi de nombreux autres. J’aurais pu aussi bien parler de la photo HDR, de la Photographie Nocturne ou de la Photographie Humaine et des portraits. L’idée exprimée ici est de réaliser des photos qui « parlent » au photographe, où il met du cÅ“ur et de sa personnalité dans ses travaux.

Pour conclure

Soigner ses lumières, choisir ses ambiances, avoir un minimum de connaissances techniques et avoir une démarche propre à soi : voilà qui conduit à réaliser des photographies de qualité. Il ne s’agit pas d’essayer de dominer les autres photographes, ni faire partie d’une caste d’élus mais tout simplement exprimer sa sensibilité artistique sur un sujet passionnant : le monde des Chemins de Fer avec tout ce qu’il a de magique.

Regard, style, démarche … ce sont des mots tirés du vocabulaire utile de la Photographie en général. Vous aurez compris que la « photographie différente » – qui est le cÅ“ur du Projet Images & Trains – dépasse la simple question ferroviaire d’un point de vue documentaire ou technique. Il est question ici de regard et de démarche propres à chacun de nous.

Questionnez-vous, regardez votre travail avec un œil objectif. Soyez humbles, curieux, ouverts aux regards des autres. Enfin, que votre démarche soit globale, continue dans le temps, et non une simple suite de photos « faites comme ça », en attendant le prochain train.

[Télécharger une version PDF de ce billet]4.40 Mo – 9 pages – Photos haute qualité.

Noir & Blanc : sélection 2010

Photographie Noire & Blanche – Année 2010 : découvrez ici une sélection de photographies proposées par divers photographes tout au long de l’année 2010. La galerie est mise à jour régulièrement.

L'orage

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Dernière MAJ : 12.09.2010

HoMa – Un quartier de Montréal

HoMa, c’est l’autre nom d’Hochelaga Maisonneuve, un des arrondissements de la ville de Montréal (Canada). A l’origine ville de banlieue, elle a fini par être absorbée par la seconde ville francophone du monde. HoMa est un quartier populaire qui n’en finit pas d’essayer de se moderniser. Autrefois pauvre et ouvrier, ce quartier est aujourd’hui en pleine mutation, mais il semble ne pas réussir à se trouver dans ce destin qu’on lui dessine. Alors que des immeubles neufs ou rénovés accueillent une classe moyenne aisée autour des parcs, quelques rues plus loin la pauvreté reprend le dessus…

C’est dans ce quartier que se situe un triage du Canadien Pacifique – une des deux compagnies ferroviaires du Canada – et quelques embranchements particuliers. Autrefois nÅ“ud ferroviaire marchandise important de la ville de Montréal, certains bâtiments connaissent aujourd’hui une seconde vie en accueillant des lofts. D’autres attendent une hypothétique démolition. Des voies ferrées disparues, il reste parfois quelques traces … nostalgiques … à qui prend le temps de les chercher.

La galerie photo suivante vous présente quelques atmosphères captées lors d’une des mes promenades a HoMa.

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