Einvaux est un petit village de Lorraine, dans l’Est de la France. Pour vous faire une idée plus précise du lieu de cet essai photographique, je vous invite à taper les mots “Einvaux, France” dans GoogleMaps. Vous aurez alors sous les yeux ce paisible village cerné de champs et de forêts. En regardant de plus près, vous découvrirez qu’une voie ferrée traverse le secteur. Il s’agit de la ligne qui relie Nancy à Epinal. A cet endroit, son profil est difficile car nous quittons la vallée de la Meurthe pour celle de la Moselle, ce qui se fait grâce à de nombreuses courbes mais également de pentes et de rampes plus ou moins prononcées. Dans le quotidien des cheminots, cette zone est connue sous le nom de Côte d’Einvaux.
Voila pour ce qui est de la présentation géographique du lieu. La Côte d’Einvaux a également une valeur symbolique dans ma vie de photographe ferroviaire. Pendant longtemps, la ligne n’était pas électrifiée et était dotée d’infrastructures ferroviaires d’un autre temps : fils télégraphiques, ponts corbeille… Cela en faisait le terrain de jeu idéal pour apprendre les bases de la photographie. J’ai donc parcouru routes et chemins à la recherche du cadrage idéal, de la bonne composition et de la belle lumière. Cet apprentissage ne s’est pas fait seul, un ami photographe expérimenté, Vincent, me conseillait et me corrigeait. Et puis le TGV est arrivé en 2007. La ligne a alors été modernisée et électrifiée. Ma vision d’un chemin de fer “authentique” en avait pris un coup et j’ai alors délaissé les lieux.
Diaporama : souvenirs de la Côte d’Einvaux avant l’électrification
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Par un après-midi ensoleillé de mai 2008, j’ai repris le chemin d’Einvaux et de sa colline. Après de long mois de grisaille, le soleil faisait un retour triomphant. Je retrouvais avec bonheur les petites routes, les fermes isolées et le calme de la campagne. Si la géographie n’avait pas chagé, ce n’était pas le cas de ma démarche photographique. J’étais désormais impliqué dans le Projet Images & Trains et je cherchais à prendre des photographies moins classiques, plus originales et créatives. J’avais découvert le travail du Japonais Mashima Mitsuhide au travers de deux livres consacrés aux lignes régionales du Japon, du Nord au Sud. Son approche est très “environnementaliste” : dans nombre de ses photos, le train s’efface devant la beauté d’un paysage ou le quotidien des habitants. Je voulais donc adopter ce regard pour cette zone géographique que je connaissais si bien (ou en tout cas je le croyais). Un difficile et ambitieux challenge !
Einvaux est dans un secteur agricole. De grands espaces sont réservés à la culture. En cette fin de printemps, les champs forment un patchwork aux couleurs vertes des jeunes pousses de blé et jaunes des colza en fleur. Quelques petites forêts et fermes isolées apportent un peu de verticalité à cette essemble. Voila pour les sensations visuelles. Il me reste à les traduire en photographies … plus facile à dire qu’à faire tant mon regard est “formaté” par la photo classique qui met en avant le train en lui-même. A découvrir le travail de Mitsuhide, cela avait pourtant l’air assez facile !
J’essaye d’oublier la chose ferroviaire en me concentrant sur la végétation, ses couleurs, en recherchant des lignes, des textures, des formes… Je travaille sur la profondeur de champ pour construire mes images. Petit à petit, je découvre des choses que je ne soupçonnais même pas : un passage à niveau particulier, le dessin des sillons dans les champs, … La Côte d’Einvaux se révélait à moi d’une nouvelle manière. Elle n’avait pas changé, c’est mon regard qui avait évolué.
Les quelques photos que vous pouvez découvrir ci-dessous illustrent ce nouveau regard sur la Côte d’Einvaux.
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